La joyeuse troupe de MPL a ouvert les festivités du premier samedi de Mythos. Un concert qui a laissé les coeurs joyeux et ravivé les sourires du public présent sous le Cabaret Botanique.
C’est un beau samedi d’avril ; les coudes se croisent en nombre au Thabor, alors qu’une file se dessine pour entrer dans le chapiteau. Les yeux encore plissés contre la poussière chariée par le vent tiède s’ouvrent une fois le pied posé sur le parquet du cabaret. L’air est chaud et les vestes ont disparu des épaules. La toile du magic mirror s’agite, faisant danser les boules disco ; à l’intérieur, le courant d’air ne suffit pas à sécher les gouttes qui perlent sur les fronts. On attend pour 18 heures les cinq Grenoblois du groupe MPL, déjà venus à Mythos deux ans plus tôt.
Le public a de nouveau répondu présent. Tous les âges se côtoient : des parents venus avec leurs enfants, petits ou grands, des couples, des ami·e·s… Une machine intrigante trône sur la scène ; on y lit « Bisou magique », le nom du dernier album du groupe. Une structure de néons et de formes métalliques fait office de décor. La machine s’allume et un bruit de tonnerre gronde. La salle est pleine et les sourires déjà fixés aux lèvres. « Osez le grand huit des émotions, venez faire un tour de Bisou magique », entonne une voix tout droit sortie d’une fête foraine. Le public crie en choeur « Bisou magique ! », et Julien, Cédric, Andreas et Manuel entrent en scène.
Couleurs, néons et bisous magiques
Les trentenaires sont vêtus de couleurs et de rayures, reprenant l’esthétique qu’on leur connaît, colorée et enfantine. Il manque un membre à l’appel. Et hors de question de ne pas en faire un sujet : il est absent pour une bonne raison. « Arthur est à la maternité à Marseille, c’est en train de se passer. » L’habituel boute-en-train de la troupe a donc mieux à faire, et on le comprend. Cédric, au chant, s’en fait le relais, tout en sincérité : « La question de l’annulation s’est posée, mais on a voulu venir quand même. On a travaillé en urgence pour rebondir, on l’a fait hier et ça s’est bien passé, on va redoubler d’efforts. »
On assistera donc à un set imprévu, porté par des maîtres en l’art de l’improvisation et de l’authenticité. Les premières notes résonnent. « Je te vois », single du dernier album sorti en février de cette année, fait se décoller plusieurs lèvres ; les fans sont là. Cédric, au chant, se dandine, bouge les coudes et croise les doigts, occupant la petite scène. Le public chante en choeur et les fossettes se creusent.
Il fait chaud, très chaud. Les musiciens essuient leurs tempes et entament leur titre Paysage, sous les rayons du soleil traversant les vitraux du Botanique. Ils esquissent une chorégraphie naïve et préparée.
« Ça fait comme des couchers de soleil sur nous. »
MPL parvient à distiller des messages inoffensifs sans être anodins, comme dans « Sans avion », habituellement en duo avec la chanteuse Clou, un titre dansant et mélancolique, comme le groupe en a la recette magique : « Si on va plus dans des avions la vie continuera, de chaque côté des océans l’amour s’inventera. » Puis vient « Le Mystère abyssal », morceau qui raconte l’abîme d’une camarade partie explorer les profondeurs de l’océan. Ses amies l’attendent, mais elle ne revient pas. Une histoire simple à laquelle chacun·e accole ce qu’iel veut. Une chanson qui émeut, quelle qu’en soit la lecture.
C’est au tour d’Andreas, à la basse, de raconter une histoire. Fils unique, sa mère l’accusait, faute de pouvoir pointer du doigt le chat quand il faisait des bêtises. Il lui pardonne les fois où elle l’a accusé de prendre du chocolat dans les tiroirs alors que ce n’était ni lui ni le chat, avant de nous dire qu’elle est « quelque part par là ». Les gens rient. On assiste aussi au spectacle des lumières reflétées dans les verres jaunis du cabaret ; le chanteur les compare à « des couchers de soleil sur nous ». Le quatrième mur est, et c’est si agréable, tombé.
Un concert consolateur
Les textes et les sonorités d’MPL sont empreints d’une nostalgie certaine : la perte de l’enfance, la rupture amicale, la distance amoureuse. Une nostalgie rarement triste, plutôt une nostalgie qui croit en la revoyure et en la possibilité d’un futur finalement pas si morose que prévu. « On brisera le sortilège, on se reverra, on se donnera le temps qu’il faut. » Leurs mots et leurs gestes, ces pas de danse naïfs mimant parfois des poussins en ronde, sont aussi l’affirmation que, peut-être, pour être heureux, il faut avant tout ne pas trop se prendre au sérieux.
La joie est donc là, et elle fait d’autant plus de bien qu’elle est partagée. L’atmosphère est donc aussi propice à aborder des sujets moins légers. Une de leurs chansons est adressée aux enfants qui n’ont pas vu le jour, à la difficulté d’en avoir. Écrite il y a deux ans par Arthur, elle résonne spécialement quand on le sait affairé à Marseille. Devant moi, deux femmes d’une quarantaine d’années. L’une pleure, son amie lui met la main sur l’épaule ; elles se regardent, sourient et finissent par taper des mains en rythme. Même venu seul, l’impression globale est celle d’un gros câlin, de ceux qui réconfortent quand on en a besoin, sans qu’on s’y attende. Les titres s’enchaînent sans qu’on voie le temps s’écouler.
« Bonhommes » commence : chanson questionnant la masculinité hégémonique, appelant les personnes s’identifiant comme des hommes à questionner leurs privilèges. Celle-ci est interrompue en son centre, de but en blanc, pour parler de La Maison des femmes, dont celle de Rennes, qui porte le nom de Gisèle Halimi, et de son importance, avant d’appeler les hommes à chanter : « On sera des bonhommes sans jouer les durs. Et si ça vous étonne, nous ça nous rassure… » Cédric reprend pour conclure les mots habituellement prononcés par Arthur : « La route est encore longue, et c’est pas comme si on avait pris de l’avance. »
Quatre mais véritablement cinq
On aurait bien aimé rencontrer Arthur et le voir animer le concert, énoncer ces phrases apparemment si justes. Nous rencontrons au moins sa bien nommée « guitoune », la fameuse machine à « bisou magique ». Le robot fait plouf-plouf dans le public pour tirer au sort le ou la gagnant·e d’un lot ; car « c’est plus égalitaire que le pompon, où ce sont toujours les grands qui gagnent ». La température a monté de plusieurs degrés. Les musiciens s’équipent de leurs « chaps » signature, de longs chapeaux pointus colorés, et entonnent leur titre « 3 ami·e·s » avec les gestes en langue des signes française correspondants, repris en masse par le public. « Fleur bleue », « Tu voudrais bien ma bouche » : les adeptes sont gâté·es, mais déjà « le voyage commence à toucher à sa fin ». À en croire les mots émus de Cédric quand il parle d’Arthur et les sourires appuyés d’Andreas, Manuel et Julien, on ne doute plus de l’amitié puissante et sincère qui unit ces garçons-là. On ne doute pas non plus de leur talent de conteurs, parvenant à faire de titres juxtaposés un voyage collectif et consolateur, tantôt profondément joyeux, tantôt teinté de mélancolie. « Pour guérir ses petites blessures intérieures, Arthur fait des bisous magiques sur le dos de sa main », et voilà que les 1 800 spectateurs pensent à une blessure et espèrent, un moment, se guérir par la force du bisou magique. Avant que le voyage touche en effet à sa fin, les quatre musiciens répondent aux rappels. Ils reviennent en rockstars faire danser le Botanique (et pleurer à coup sûr avec le titre Sur une échelle). Que des coeurs conclut l’heure et demie passée ; les têtes bougent, on croirait qu’il est tard, mais la soirée ne fait que commencer.
Le salut est d’ailleurs chaleureusement lancé aux artistes qui prendront la suite. La chaleur est dans l’air, et pour un moment encore, le souvenir du concert restera installé dans les coeurs. Tout ça pour dire que c’était génial.
✍️ Par Ewen Dubée
Photos © Jean-Adrien Morandeau