Aussi intrigante que poignante, cette pièce vous plonge dans un cri d’espoir et de libération féminine étouffé par la domination patriarcale.
De manière aussi surprenante qu’elle ne se clôt, la pièce démarre par une simple présentation de la nouvelle de Charlotte Perkins Gilman qui se mue cependant peu à peu en tirades. Les “elle” se transforment en “je”, la comédienne recule et s’assoit sur la chaise, elle est désormais Jane. Cette jeune femme du XIXème siècle qui, comme de nombreuses avant elle, dû subir les thérapies barbares recommandées par les médecins. Or là, son bourreau est son propre mari, celui-ci préconise, après la naissance de leur fils, qu’elle reste enfermée dans une nurserie décorée de ce fameux papier peint jaune.
Voilà que la comédienne entame un monologue d’une heure dans un décor si simple mais sublimé par une scénographie expérimentale où les lumières, le mouvement et les bruitages transforment les atmosphères avec brio.
Dans cette pièce l’extériorité de Jane nous donne accès à son intériorité, à sa psychologie : une femme à l’apparence résignée qui bouillonne en son for intérieur. Si Jane décrit d’abord le jardin qu’elle aperçoit par la fenêtre, elle devient rapidement obsédée par ce papier peint qui la hante, son odeur, ses motifs prenant vie. Au fur et à mesure des semaines d’enfermement, ses phrases font de moins en moins sens, sa chemise bleue se transforme en robe de fée, la papier peint jaune cache des femmes rampantes : la perte de lucidité de Jane est indeignable. La frontière entre le réel et l’imaginaire s’estompe, l’ambiance onirique est intensifiée par les lumières bleues, le sable sur lequel elle marche, qu’elle souffle et laisse glisser entre ses doigts tels les jours qui s’écoulent.
Et, comme pont entre ces deux mondes, une comédienne hors pair : Marie Kauffmann, qui valse habilement entre les émotions, en un simple regard l’humeur de Jane change. La comédienne oscille aussi entre les personnages : tantôt Jane contemplative, tantôt John méprisant, tantôt Jane frustrée, tantôt John manipulateur.
Cependant, il ne s’agit pas d’une simple descente vers la folie, ce texte illustre le parcours d’une femme rabaissée, étouffée, silencée par son mari : “Si seulement le motif du dessous pouvait se libérer de celui du dessus”, espère Jane. Ce papier peint jusqu’à lors prison de motifs finit par devenir le théâtre de sa colère et de sa libération tandis qu’elle le déchire à main nue.
✍️ Par Naomi Thomas
Photos © Elodie Le Gall