Sinon tapez # n’est pas vraiment un spectacle. Enfin si, mais un spectacle inachevé. Une ébauche, un squelette. D’ailleurs, il ne s’appellera peut-être pas comme ça. Achille Grimaud voulait l’appeler Allo, comme il le dit à son public en guise de préambule. Mais il paraît que c’est une marque déposée maintenant. Alors tant pis. Cela ne l’empêche pas de nous proposer son spectacle qui n’en est pas vraiment un, qui n’a pas vraiment de nom. Son répertoire, comme il l’explique. Une série décousue d’histoires. Il créera le fil conducteur plus tard, quand le projet sera d’avantage avancé. D’office, il nous prévient : « Y’a des histoires que je sais, et y’en a d’autres… » En effet, avant le spectacle, on pouvait l’apercevoir faire les cent pas sur la terrasse arrière du Café des Bricoles, son texte à la main. Alors, d’un air appliqué, il s’installe à son pupitre, face au public. Le café est rempli. Il commence.
C’est l’histoire de gosses, qui admiraient un marin qui n’avait jamais mis les pieds sur un bateau.
C’est l’histoire d’une poule, qui avait les yeux qui brillaient trop, alors qu’elle faisait un tour d’auto-tamponneuses avec un forain.
C’est l’histoire d’enfants dans une cantine, qui doivent finir leur assiette, mais ne peuvent pas.
C’est l’histoire d’un colonel, qui n’avait jamais voyagé à cause des lapins qui rongeaient ses navires.
C’est l’histoire de Mozart, qui ne voulait pas apprendre la musique, jusqu’à ce qu’il mange trop de choucroute.
C’est l’histoire, enfin, d’un chef d’entreprise qui se prenait toujours le même platane en sortant de son travail.
Entre ces textes contés ou lus, on rit, beaucoup. Achille Grimaud interpelle le public, s’exclame, s’esclaffe, fait les cents pas sur scène, va du public qui se tient entassé sur sa gauche au public qui se tient entassé face à lui. Le ton est naturel, le conteur ne se prend pas la tête. Il se fait plaisir, nous fait plaisir, envoie quelques piques à Pépito Matéo, qui se tient là. Il nous enseigne la différence entre un conteur et un comédien. « Le comédien est psychotique, le conteur, alcoolique. Ca doit être sympa d’être les deux. » Il nous présente son projet, les personnes qui travaillent autour, avant d’enchaîner sur une autre histoire. « Maintenant, on va passer à quelque chose de plus con. » On rit, encore, et toujours plus. Bref. On passe un très bon moment. Et dire que ce n’est que l’ébauche…