La Voix de sa Génération
20h55. Le Thabor vit déjà au rythme de Mythos. À mesure que la lumière baisse, les spectateurs entrent dans le Cabaret botanique, chapiteau emblématique du festival rennais.
Quelques minutes plus tard les spots s’éteignent, la clameur monte. La voix d’Asfar Shamsi résonne enfin. A cappella, la chanteuse entonne quelques couplets avant de rejoindre son claviériste et son batteur sur scène pour une performance haute en couleurs.
Née en 1998, Asfar Shamsi est une artiste dont le style pourrait être qualifié “d’hybride”. Sa culture et ses influences musicales touchent autant au rap, qu’à la pop ou à l’électronique, formant un répertoire remarquablement varié.
Dans ses textes, Asfar Shamsi raconte le passage à l’âge adulte d’une jeunesse désenchantée, élevée au coeur de La Crise mais qui continue de rêver à un avenir meilleur. Une jeunesse qui a des convictions et qui assume son besoin de rendre le monde plus juste.
Pour le titre “Pistolet avec les doigts”, la chanteuse a été rejointe par son claviériste, dansant au rythme des mouvements du public qui reprenait le signe de main distinctif du son, les deux artistes ont offert une performance placée sous le signe de la complicité, joli clin d’oeil au rappeur BEN plg, en featuring avec Asfar dans l’album.
Tout au long du concert, l’artiste échange avec son public. Tour à tour sur scène et dans le public, elle apparaît et disparaît au gré des titres, surprenant des spectateurs conquis par son énergie, sa musicalité et sa plume acérée.
Artiste émergente, révélée par son passage sur le Planète Rap de Youssef Swatt’s en 2025, Asfar Shamsi a pourtant déjà tout d’une grande. Textes engagés et mélodies reconnaissables, son talent est évident.
Alors, si Asfar Shamsi n’est pas “plug à l’industrie” (La Crise), sa fraîcheur et son énergie ont en tout cas convaincu Mythos, en témoignent les airs encore fredonnés par le public au sortir du concert…
Mythos a déjà choisi sa Favorite
En deuxième partie de soirée sous le chapiteau du Cabaret Botanique, Yoa, en longue robe blanche, fait une entrée impressionnante accompagnée de ses deux danseuses, Syndy et Eden. Jeune, engagée et charismatique, elle a fait sensation ce samedi, auprès du public de Mythos qui a vibré à l’unisson.
Yoa a défendu sur scène sa discographie, en particulier son nouvel album “La Favorite” abordant avec poésie des thèmes comme l’amitié, l’amour, la rupture, la construction de soi et la santé mentale, des thématiques symptomatiques de sa génération, qu’elle prend à bras le corps mais toujours avec subtilité.
Artiste de son époque, Yoa parle de tout, mais toujours avec sincérité. Elle place la sororité au coeur de ses titres, choisissant de la replacer au centre de nos vies et de nos playlists.
Sa voix suave et douce et son énergie débordante ont su transporter le public rennais vers son univers pop & électro. Sans musiciens mais accompagnée de deux danseuses très talentueuses, elle a délivré une prestation artistique puissante et intime, plaçant le corps en mouvance au centre de sa prestation.
Véritable performeuse habitée et généreuse, Yoa honore amplement son titre de Révélation scénique de l’année aux Victoires de la Musique 2025 et a su marquer durablement les esprits rennais qui, on le sait, n’est pas prêt de l’oublier.
Mais Ino Casa qui l’arrête ?
En clôture de cette première soirée de concerts au Cabaret Botanique, Ino Casablanca s’attaquait à un public déjà conquis. Il entre sur scène avec BISSAP DU XXÈME sous les vivats de la foule, débordant encore d’énergie malgré l’heure tardive. Il fait le choix d’une scénographie simple, et c’est accompagné de ses deux musiciens, Léo et Oso, aux multiples talents, qu’il nous fait chanter, danser, et crier.
Ses transitions soignées, matérialisées par les changements de lumières sur scène, permettent à l’énergie de ne jamais faiblir tout au long de la performance de l’artiste. L’accompagnement instrumental passe du raï au reggaeton, sans jamais délaisser les rythmes du rap français. C’est au carrefour de ces inspirations qu’Ino se place en chef d’orchestre, paraissant raconter son histoire et ses inspirations au public qui se laisse transporter.
Entre chaque musique, son nom résonnant dans le chapiteau témoigne de l’engouement des spectateurs rennais. D’Albufeira à Dima Rave, Ino Casablanca reprend ses titres avec une énergie sans faille, alimentée par un public survolté, chantant en coeur des paroles qui résonnent tant collectivement qu’individuellement. C’est finalement ici que la performance de l’artiste se joue : il interagit avec le public, saute, danse avec lui et enchaîne les titres avec fluidité.
Au beau milieu du concert, l’artiste prend alors la parole pour dédier son titre “Moula Solitude” aux étudiants qui “ont un rêve”, les enjoignant à prendre des risques voire même à “arrêter les études” pour les accomplir, aussitôt applaudi par un public qui se reconnaît visiblement dans ce message et scande une nouvelle fois le nom de l’artiste.
Mémorable par l’énergie de l’artiste et de son public, le passage d’Ino Casablanca sur la scène de Mythos a marqué les esprits. Quelques heures plus tard, les paroles de l’artiste sont encore sur toutes les lèvres et semblent prêtes à y rester pour longtemps encore…
✍️ Par Inès Penloup, Esther Foucault et Romane Camus
Photos © Jean-Adrien Morandeau