C’est sur ce thème de l’addiction que nous propose de réfléchir la pièce Sic(k) de la compagnie Théâtre à cru. On est d’emblée dans une ambiance noire, celle de noctambules des plus chevronnés qui discutent le temps d’un verre et d’une clope dans un fumoir exigu. Puis vient une suite de rencontres, de voix, unies par le même vice ou la même vertu : l’addiction. L’adiction au tabac, à la drogue, au désir sous toutes ses formes, et l’addiction à l’alcool surtout.
Au fil de la pièce, les protagonistes se demandent d’où vient ce besoin de boire : s’évader, se libérer, se débrider, se rapprocher, se rencontrer, se faire plaisir, goûter l’interdit. En un sens, il semble que céder aux tentations de la nuit représente pour eux une manière d’oublier ce corps qui peut s’avérer gênant pour pouvoir, enfin, avoir accès à l’autre. Tout semble alors plus simple. Alors pourquoi nous dit-on que « l’abus d’alcool est dangereux pour la santé » ? Pourquoi nous protège-t-on si nous ne voulons pas l’être ? Sic(k) interroge l’addiction du côté des addicts, de ceux qui ne veulent pas forcément être guéris parce qu’ils n’y voient pas un mal. On assiste à ce passage poignant, celui de cette femme qui clame haut et fort qu’elle n’arrêtera pas de fumer. Pour elle, c’est un acte politique dans une société qui, à force de tout réglementer pour assurer notre soi-disant protection, finit par anesthésier les corps et les esprits…
Le spectacle est rythmé par de nombreux témoignages recueillis par Alexis Armengol, ils interviennent entre les paroles des comédiens pour brasser un large volet de points de vue. Mais ce voix sortent toujours de hauts parleurs, comme si cet autre que les personnages cherchaient sans cesse à atteindre, était finalement condamné à rester dématérialisé. La mise en scène est dynamique, jeux de sons , jeux de lumières, musique Rémi Cassabé, l’œil du spectateur ne cesse d’être occupé.
La scène nous montre aussi ces addictions de manière concrète : on boit, on fume, on prend un rail, on boit, on fume, on danse, on abuse. C’est un portrait violent et parfois très noir qui nous est livré. Autant l’addiction peut réussir à l’une qui choisit de profiter de sa vie comme elle l’entend, autant l’addiction peut mener à l’asservissement d’un autre, décevant, déçu et déchu. Malgré toutes ces tentatives de s’épanouir en se désinhibant, on sent les personnages face à une cruelle solitude. Céder à la tentation des paradis artificiels, ne serait-ce qu’un voile?
Il s’agit ici, de nous interroger et de nous faire réfléchir au sens de ce que renvoie l’addiction en nous mettant brutalement face à elle, et à ce que la société nous renvoie face à elle. Elle est bonne et mauvaise, elle est belle et terrible, elle nous rapproche ou nous éloigne violemment. Finalement, il semble que ça soit à nous de choisir celle qui nous répugne et celle que l’on accepte.