Immersif et poignant, le metteur en scène Emmanuel Meirieu porte un message d’espoir à travers le lien entre deux migrations, celle des papillons monarque et celle des migrant.e.s sur La Bestia.
Les lumières s’éteignent et les acteurs se figent, c’est la fin de la représentation. Silence dans la salle du Théâtre National de Bretagne. Quelques larmes ont coulé sur les visages et les esprits sont un peu déstabilisés. Les applaudissements tardent à venir et c’est peut-être pour ça : on n’est pas vraiment remis de la traversée. Sans pitié, Emmanuel Meireu, nous a embarqué dans « Monarque », une représentation de la migration sur le contient Nord-Américain.
À la croisée des migrations
C’est la rencontre entre Emmanuel Meireu et Julien Chavrial, que l’on retrouve d’ailleurs sur scène, qui a donné lieu à cette pièce. Après un premier projet sur la même thématique avec « Sur l’aile d’un papillon », ils collaborent à nouveau dans « Monarque ». Une représentation qui doit beaucoup à l’immersion produite par la scénographie et le jeu des acteur.ice.s.
Car la migration des papillons monarque a longtemps été un mystère. Ils s’envolent chaque année du Canada, mais impossible de savoir jusqu’où ce voyage les mène. L’affaire est résolue en 1975 par Fred et Norah Urquhart. Ces petits insectes de couleur orangée partent vers les montagnes recouvertes de forêts de pins dans l’état du Michoacán au centre du Mexique.
En sens inverse, ce sont des migrant.e.s qui domptent les toits de La Bestia. Un train de marchandises, aussi surnommé El Tren de la Muerte (Le train de la mort), qui traverse le Mexique du Sud au Nord et par lequel de nombreu.ses.x migrant.e.s tentent d’atteindre la frontière étatsunienne. Un trajet plus que périlleux car beaucoup ont été gravement blessés ou ont perdu la vie sur sous les rails ou lors d’une chute.
Symbole d’espoir de réussite dans la traversée, le papillon monarque est devenu un emblème pour les dompteurs de La Bestia. Tout comme il est devenu un symbole de la fête des morts au Mexique. Alors qu’il termine sa migration quand commencent les célébrations, on dit qu’il représente les esprits des proches décédés.
Une représentation immersive
Seul personnage en action pendant la majorité de la pièce, Jean (interprété avec talent par Jean-Erns Marie-Louise) retente sa chance sur La Bestia avec son ami Santiago après une première tentative qui leur a fait perdre une jambe pour l’un et un bras pour l’autre. Parti d’Haïti, il veut rejoindre le Canada pour retrouver son frère. Les spectateur.ice.s vivent avec lui sa préparation et sa périlleuse installation sur les toits des wagons de La Bestia. Il y rencontrera Reina (Odille Lauria) qui cherche à rejoindre les États-Unis, et dont le passage un peu rapide permet au spectateur.ice.s de se représenter d’autres motivations et la solidarité existante entre les migrant.e.s.
Sur le sol, les décors s’étendent jusqu’aux premiers rangs de la salle. Emmanuel Meirieu joue sur le multimédias en choisissant d’intégrer à sa pièce une dimension audiovisuelle, dès son introduction et tout au long de la représentation.
À la tombée du rideau, ce sont deux impressionnants wagons de La Bestia sur leurs rails qui font face aux spectateur.ice.s. Ces décors impressionnants s’animent et prennent vie grâce aux jeux de sons et de musique de Félix Muhlenbach, et de lumière de Seymour Laval.
Message d’espoir et de lutte
C’est un message d’espoir et de lutte qui est transmis à travers ces deux parcours, qui ne se rencontrent véritablement qu’à la dernière partie de la pièce. D’espoir pour permettre aux migrant.e.s, comme pour les papillons monarque, de prendre leur envol vers la destination souhaitée. De lutte, car quand les lumières s’éteignent sur scène, un point levé reste visible. Il semble appeler à ne pas oublier les vies marquées, voire brisées, par cette traversée et par les politiques migratoires en cours.
✍️ Par Wendy Mengant
Photos © Elodie Le Gall