La barbe rousse, hirsute, les cheveux grisonnants, François Lavallée est un conteur qui nous vient du Québec. Le conte, il s’y est lancé alors qu’il était guide de canot de rivière, dans des camps de vacances pour adolescents. Ses histoires, il les racontait le soir, au bord du lac. Aujourd’hui, il est de l’autre côté de l’Atlantique, pour le festival Mythos auquel il participe depuis quelques années. Mais les contes ne l’ont pas abandonné. Il ne se contente pas de raconter – tous les artistes racontent, à leur manière – il essaie d’être le plus prêt d’une parole vraie, de l’instant, dans l’histoire, avec le public. Pour cela, il est témoin, narrateur, devient tour à tour chaque personnage. Le conte est un genre littéraire de l’imaginaire, explique-t-il, il essaie d’entrainer son public dans cet « espace imaginaire suspendu », où les peuples peuvent se rencontrer, peuvent s’émouvoir. Il me raconte cette anecdote, lorsqu’il contait une histoire québecquoise à Djibouti. Ils ne pouvaient pas comprendre la neige, ils ne pouvaient pas comprendre les bûcherons, mais tous étaient ensemble dans cet espace suspendu, et c’est cela qui était merveilleux. François Lavallée explique que « la force du conteur, c’est donner les pistes que les gens imaginent, se réapproprient les morceaux que je leur donne, en font ce qu’ils veulent. »
Ces morceaux qu’il nous livre dans sa dernier création, Les Autres, ce sont les morceaux de sa propre existence, ses souvenirs d’enfance, l’occasion de faire un zoom, pour parler au public d’oppression, d’intimidation. Faire un retour en arrière, pour exprimer ce que tous ressentent, les rapports de force, l’exclusion. Il a demandé à Eric Valiquette, scénariste canadien, d’écrire son histoire, afin d’être porté par les mots d’un autre, afin qu’il mette dans sa bouche des mots, pour connaître une histoire qu’il sait déjà. « Quand avec le temps on s’éloigne, on comprends mieux ce qu’on a vécu », ajoute-t-il. Mais cette distance est belle, et c’est lorsque la réalité rencontre la distance que nait la magie.
Lorsqu’on lui demande de décrire Mythos en un seul mot, François Lavallée répond : « le printemps ». « Au Canada, on sort de l’hiver, justifie-t-il. Ici, c’est le printemps deux semaines avant, c’est mon premier printemps. » Et en effet, lorsqu’on l’entend parler, assis sur un banc du Thabor, dans l’air frais printanier, on se sentirait presque au cœur d’un printemps québecquois…