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Mythos 2026

 « Monarques » : voyage à bord d’un wagon profondément humain et touchant  

« Monarques” n’est pas une simple pièce de théâtre, c’est une réelle performance humaine et artistique.

« Monarques” n’est pas une simple pièce de théâtre, c’est une réelle performance humaine et artistique.

Avec « Monarques », on embarque à bord de La Bestia, le train de marchandise par lequel des migrants tentent de rejoindre clandestinement la frontière étasunienne, mais il s’agit aussi d’un voyage émouvant et touchant sur la dure réalité des migrations précaires. Une performance spectaculaire qui trace un parallèle intelligent entre la migration des papillons monarques vers le Mexique et celle des sud-américains vers le nord.

Entre court-métrage et prestation théâtrale, le destin de Swan, canadien ayant perdu son petit frère dans un accident de parapente, rencontre celui de plusieurs migrants embarqués à bord de ce train, et notamment Jean de Haïti qui cherche à rejoindre son frère émigré au Canada.

Jean nous guide tel une lueur d’espoir tout au long de ce périple, il s’occupe de tout le monde avec le sourire : Santiago, Reina et son bébé, les autres passagers. Pourtant il reste une âme fragile, un fils qui veut rendre fière sa mère: “prend un selfie pour maman”, répète-t-il à plusieurs reprises. 

Et, comme une page qui se tourne ou un papillon qui achève sa migration, on retrouve Swan de la vidéo à la fin de la pièce apportant une respiration, de la couleur et de la nouveauté. Sa présence concrétise l’ensemble des fins parallèles réalisés tout au long de la pièce avec l’omniprésence de ces papillons qui poétisent ce voyage si déshumanisant. 

Si l’on peut trouver que la pièce traine parfois quelques longueurs ou redondances, je me demande s’ il ne s’agit pas d’un choix assumé de la part du metteur en scène de sorte à refléter ce voyage éprouvant qui paraît interminable. Plusieurs moments d’exposition, d’observation offrent une parenthèse nécessaire de réflexion au public. 

De leur côté, la scénographie et la mise en scène sont d’une qualité remarquable : les comédiens et la régie jouent intelligemment avec de magnifiques décors. Et notamment, la décision de garder les dialogues en créole et en espagnol intensifie non seulement l’authenticité du récit, mais elle permet aussi d’introduire un nouveau terrain de jeu aux effets de lumières en projetant les traductions contre le wagon.

Ainsi, « Monarques » c’est surtout une proposition éminemment cinématographique, car si le court-métrage introduisant la pièce vous plonge déjà dans le visionnage d’un film ; les bruitages, les halètements, les coups de tonnerre et les mouvements de lumières donnant l’effet d’être dans un cocon entouré de battements d’ailes confirment cette proximité entre les deux arts.

En bref, « Monarques » n’est pas une simple pièce de théâtre, c’est une réelle performance humaine et artistique.


✍️ Par Naomi Thomas
Photos © Elodie Le Gall