Sous le chapiteau du Mem, à l’abri de la chaleur étouffante de ce début de mois d’avril, un petit comité de connaisseu.sse.r.s et de curieu.ses.x est réuni pour assister à la maquette de Cléa Laizé. Prévue d’ici 2027/8, « Après la paix vient le plus dur » ambitionne d’explorer un panel de processus de paix pour les appliquer à la mémoire individuelle et collective.
Seule au centre de la scène, la metteuse en scène et comédienne Cléa Laizé interprète avec énergie deux personnages en pleine discussion. Elle-même, et son père, lors une discussion volontairement enregistrée qui lui sert de point de départ. Presque désinvolte, il
lui raconte un rendez-vous avec son médecin lors duquel il admet avoir été auteur de violences conjugales à plusieurs reprises. Il raconte les deux dépôts de plainte de sa femme pour violence et leur thérapie de couple. Puis, vient son départ qu’il ne semble pas
comprendre, pas plus que son ressenti et celui de sa fille. Diagnostiqué maniaco-dépressif, il donne l’impression d’être fataliste. « Maniaco-dépressif, qu’est-ce que tu veux ? ». Et que veut Cléa Laizé justement ? Comprendre ? Faire comprendre ? Mais n’est ce pas trahir sa mère que de faire cela ?
De la démineuse aux rituels de paix « Je suis moi-même devenue une démineuse », affirme Cléa Laizé dès les premières minutes de la maquette. Une expression reprise à la psychologue Murielle Simoneau pour désigner les enfants évoluant dans un contexte de violence parentale. La figure de la démineuse ne rompt pas le dialogue, elle tente de désamorcer les problèmes enfouis pour
limiter ou éviter leur explosion à la surface.
Cléa Laizé bouge peu sur scène. C’est son expressivité et le rythme soutenu qu’elle adopte dans ses interprétations qui font vivre cette discussion. Elle veut que son père change de perspective, qu’il comprenne ce que cette violence engendre. Elle lui expose son ressenti, entre tensions familiales et crainte pour la vie de sa mère. Il avoue que « ça aurait pu mal tourner » et est conscient de la situation mais ne semble pas sortir de sa position pour autant. Au-delà de son histoire personnelle, Cléa Laizé veut mettre en avant la réconciliation et « tout ce que l’espèce humaine a inventé comme pratiques de la paix ».
Une pièce qui continue à s’écrire Au-dessus de la scène, des draps, des voiles et des fanions de couleurs sont suspendu tandis que le sol, lui, est entièrement blanc. Ces deux éléments de scénographie souhaitent rappeler des rituels de paix, qu’ils soient intentionnels, culturels, ou historiques. Des décors, qui, ajoutés aux enceintes suspendues sur scène, apportent du mouvement. Une forme de
transformation d’énergie qui va de la colère ressentie contre son père à une réelle volonté de réconciliation. Ces éléments scénographiques sont déjà validés pour la version finale de la pièce. Du côté
de l’écriture la partie « partition de la paix » reste encore à définir. C’est justement le prochain point d’étape pour Cléa Laizé (et son équipe). Après un temps de travail avec la coopération « Itinéraires d’artiste(s) », où elle a surtout réalisé un travail d’écriture, elle s’installera prochainement pour deux semaines de résidence à Montréal. Une occasion de continuer ses recherches sur les processus de paix dans un pays qui a institutionnalisé cette dernière.
Partir d’une histoire personnelle pour mettre en avant des rituels de paix, l’approche de Cléa Laizé peut paraître ambitieuse. Au vu du contexte actuel, pourtant, c’est une pièce dont nous aurions sûrement collectivement besoin. Un projet à garder en tête d’ici une possible représentation dans une prochaine édition du Festival Mythos !
✍️ Par Wendy Mengant
Photos © Benjamin Le Bellec