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Mythos 2017

La queen du Tobago enflamme le Cabaret

La chaleur était descendue sur le Thabor et la nuit à peine tombée quand le public de Calypso Rose a rempli tout le Cabaret Botanique. Un peu après 20h30, depuis le premier rang, on l’aperçoit arriver dans la pénombre derrière la scène. Elle semble avancer péniblement, soutenue par son équipe, et passe quelques minutes dans une petite loge disposée près de la scène. Cette première vision peut laisser perplexe, et on se demande alors quel type de concert est sur le point de se dérouler. Les musiciens prennent place, entament des rythmes endiablés, et Calypso Rose entre en scène.

Du début à la fin, ce concert a été étonnant et détonnant. Telle une diva, la chanteuse, malgré son grand âge, se déhanche sur la musique, fait des allers-retours sur scène, regarde son public dans les yeux avec un sourire radieux qui témoigne de son bonheur d’être là, sans oublier sa voix qui n’a pas pris une ride. Elle semble dans son élément, vêtue de son costume en satin vert et doré, et jouant du regard avec le public, allant jusqu’à embrasser un spectateur du premier rang. Entre bonheur pur et émotion, Calypso Rose nous a fait voyager, danser, mais nous a aussi beaucoup émus. Entre deux chansons, elle parle de la mère de son grand-père, esclave, et qui n’a jamais pu retourner dans son Afrique natale, ce qui lui a inspiré une chanson.

Après quelques morceaux, Calypso Rose se retire dans la petite loge sur le côté de la scène, pendant que ses musiciens savourent leur moment dans des solos endiablés qui feraient presque oublier que la queen Calypso s’est absentée. Elle revient néanmoins, et semble infatigable, mais les apparences sont – malheureusement – parfois trompeuses. Lors d’une chanson, alors qu’elle mimait des coups de poings et de pieds, Calypso vacille et son visage se crispe sous la douleur. On pense au début à un jeu de scène, mais on se rend compte rapidement qu’il n’en est rien. Le régisseur lui apporte une veste sur scène et elle ressort une nouvelle fois. Dans le public, des regards interrogateurs se mêlent aux encouragements et à un tonnerre d’applaudissements. Les musiciens, quant à eux, continuent le spectacle et rien sur leur visage ne trahit l’inquiétude, sinon une grande bienveillance pour l’artiste qui sort de scène. On en est à se demander si elle va revenir… mais la diva reviendra triomphante, et finira son concert entourée de ses musiciens et danseuses, pour le plus grand bonheur d’un public conquis.

Photo © Franck Boisselier