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Mythos 2017

Michel Legrand : Le Cabaret Botanique bercé par les Parapluies de Cherbourg

L’entrée dans le décor du Cabaret Botanique, aux lumières rouges et bleutées, nous plonge directement dans une ambiance tout à fait propice à s’asseoir devant l’imposant piano qui trône sur la scène pour écouter Michel Legrand, dont la réputation n’est plus à faire. Au vu de l’ovation qui l’accueille dès son arrivée, Michel Legrand semble en effet arriver en terrain conquis. Chef d’orchestre, pianiste, compositeur – particulièrement de musiques de films lui ayant valu trois Oscars – Michel Legrand est un artiste complet avec une carrière impressionnante, qui a accompagné Frank Sinatra ou encore Ella Fitzgerald.

« J’ai beaucoup travaillé mon piano toute ma vie, et je le travaille encore. » On perçoit effectivement la longue carrière de M. Legrand de part son aisance et sa virtuosité au piano. Il ouvre le récital par le thème principal des Parapluies de Cherbourg, un de ses morceaux emblématiques. Son parcours musical ayant rencontré le jazz, Michel Legrand évoque l’importance et la beauté de l’improvisation, décrivant cette liberté comme de la « composition immédiate » ayant l’aspiration à « m’épater moi même ». Et il apparaît que le musicien n’est pas le seul épaté par ses moments d’improvisation, au vu du bouillonnement du public quand la main droite semble s’envoler, comme dissociée de l’autre, les deux mains se rejoignant finalement pour ajouter de la puissance à l’accord. Les morceaux s’enchaînent alors, provenant principalement de bandes originales de films, ce qui permet au musicien de placer des anecdotes sur chaque film ou réalisateur – enrichissant ainsi le récital. On se rend ainsi compte à quel point le parcours de Michel Legrand paraît irréel, au vu des noms des grands artistes avec qui il a collaboré, qu’il évoque naturellement entre deux morceaux.

Malgré de très beaux moments au piano, l’impression que le public applaudissait davantage la présence de Michel Legrand que sa prestation du jour m’a dominée tout au long du spectacle. En effet, le public esquissait une réaction enthousiaste à l’annonce de chaque thème connu et renommé. Pourtant, j’ai eu la sensation que les morceaux s’enchaînaient sans réelle cohérence, et surtout que Michel Legrand s’est contenté de jouer les morceaux emblématiques qui ont construit sa réputation sans forcément la volonté d’aller plus loin – notamment dans l’improvisation. On peut difficilement remettre en question le talent du pianiste, mais les morceaux pour lesquels Michel Legrand y ajoutait sa voix me sont apparus comme beaucoup moins naturels et harmonieux – notamment pour La Valse des Lilas.

On se rend toutefois compte de la profondeur du moment quand on ferme les yeux quelques secondes, pendant lesquelles les notes semblent envahir l’espace, alors que la nuit tombe au dehors et que le parc du Thabor s’apprête paradoxalement à se réveiller.

Photo © Bruno Bamdé / Collectif 18-55