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Mythos 2015

Quand la raison perd l’équilibre…

Encore une fois, Mythos nous fait découvrir un nouvel endroit de Rennes et un spectacle insolite. Alors que la programmation nous annonce un « lieu secret », c’est dans la chapelle St Yves que l’on retrouve David Wahl et sa « Visite Curieuse et Secrète ». On entre, interloqués, et nous sommes accueillis par cet homme portant des bottes de marin et une fourrure autour du cou. Il nous présente Dominique, le manchot d’Océanopolis. Les spectateurs rient lorsque ce personnage nous explique qu’en passant du temps avec Dominique, il a tenté de recoller les morceaux, de nous faire tous pardonner face à une histoire commune relativement sombre. Le ton est donné.

On avance alors vers le fond de la chapelle où l’on prend place face à un bureau ancien simplement agrémenté d’une lampe, d’une carafe et d’un corail fossilisé. Pendant presque une heure et demie, David Wahl nous présente une histoire loufoque mais pourtant bien réelle du rapport de l’homme à l’océan, de ses croyances et de sa difficulté incommensurable à le comprendre et à en déceler les mystères. C’est un spectacle qui fait presque perdre la tête. On ne sait plus si on se trouve face à une pièce de théâtre à une voix, face à un cours d’histoire ou à un conte. Parfois on se demande si tout est vrai tant cela semble inconcevable que les hommes aient pu autant laisser leur imagination divaguer face aux mystères de l’océan. On apprend alors que la différence entre pingouins et manchots a pendant longtemps été ignorée, que la perspective de découvrir de nouveaux continents laissait la place à des démonstrations des plus abracadabrantes, que le débat sur l’existence de géants a suscité un débat scientifique de taille entre les universitaires il y a bien longtemps et j’en passe…

Spectacle seulement loufoque? Pas tant que ça. Derrière tout cela se cache quelque chose de plus profond. On est finalement amenés à réfléchir sur ce qui fonde les croyances générées par le monde qui nous entoure. Il semble alors que rien n’est jamais acquis, et que face à l’inconnu, l’homme tente toujours d’apporter une explication plus ou moins rationnelle à ce qui l’entoure ou le dépasse. Mais une chose est sûre, l’inconnu qui émane des mers et des océans a eu le mérite de rendre féconde l’imagination… Finalement, à travers cette visite qui peut sembler formelle à certains moments, très personnelle à d’autres, on est agréablement désorientés et on part à la rencontre d’un monde emprunt d’une très grande poésie. Les amateurs de Victor Hugo auront peut-être pensé à Gilliat, qui dans les Travailleurs de la Mer, médite devant la nuit et l’océan qui mettent l’homme face à ses propres mystères…

Jolie coïncidence ou pas, le soleil de fin d’après-midi et sa lumière naturelle qui éclairait la chapelle à travers les vitraux finit par descendre et laisse uniquement la place à la lumière artificielle de la lampe de bureau. Juste au moment où David Wahl conclut sur cette réflexion à propos de la similitude flagrante et poignante entre l’homme et l’océan. Une réflexion scientifique et aussi métaphysique qui termine élégamment la visite. Finalement, alors que l’on croyait que le mystère naissait de la différence entre l’homme et les océans, il semblerait que tout fasse partie d’un même tout. L’océan serait en nous. On sort de la chapelle un peu hébétés, comme revenant sur la terre ferme après un voyage en bateau, encore émerveillés par la poésie de ce moment suspendu.