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Mythos 2026

Une pièce à toute allure : “Quand on dort, on n’a pas faim” est profondément engagé, touchant et divertissant   

Dans une métaphore chevaleresque où le château est incarné par la capitale et la prépa, défendu par des chevaliers racistes et classistes qui sont l’élite blanche française, Anthony n’est que le simple bouffon du roi. 

 

Cette pièce afroqueer nous introduit à la quête de soi d’Anthony en tant que jeune noir et homosexuel dans une société structurellement raciste, et dans un milieu élitiste qui est la prépa parisienne.

“Quand on dort, on n’a pas faim” nous offre un spectacle complètement dans l’ère du temps : pronoms inclusifs, réseaux sociaux, quête de soi, études supérieures. On nous y conte la biographie d’Anthony, un jeune homme de banlieue parisienne qui tente de s’intégrer dans un milieu blanc élitiste qui est la classe préparatoire, qui plus est à Paris, qui plus est à Henri IV.

Dans une métaphore chevaleresque où le château est incarné par la capitale et la prépa, défendu par des chevaliers racistes et classistes qui sont l’élite blanche française, Anthony n’est que le simple bouffon du roi. 

Son histoire est racontée à travers un personnage excentrique qui est Paris, à la fois intense, intrusif voir même parfois malsain ce qui pousse même Anthony à remettre en question sa mission d’entrer dans le château, dans ce monde pour le changer de l’intérieur. 

Grâce à une inventivité marquante, on rentre dans l’intimité et dans ce qui a fait d’Anthony l’adulte qu’il est désormais : sa famille, son entourage, sa vie amoureuse, sa culture musicale ou ses références de pop culture.

Il s’agit ainsi réellement d’ un spectacle en deux teintes : à la fois divertissant et drôle mais aussi touchant et engagé poussant à la réflexion sur sa position dans notre société. 

Cette pièce réussit à allier à la fois des défis actuels, comme les applications de rencontre, mais aussi ceux liés à un système de racisme structurel. A plusieurs reprises, et notamment en décrivant le père d’Anthony, le champ lexical de l’esclavage est employé. 

Cette histoire, cette ambiance et ces messages sont transmis grâce à non seulement un script et un concept extrêmement bien filés, mais aussi et surtout à une scénographie remarquable. Les décors sont très biens utilisés, les costumes et maquillages sont fantasques. Et le jeu sur les supports est un vrai plus, entre ombres, projection vidéo, drag show, musique et danse. Tout cela vient sublimer un comédien énergique, versatile et puissant qui joue avec intensité, sensibilité et humour.

Un spectacle où l’on découvre Anthony mais surtout où Anthony se découvre lui même ; si au début il voulait à tout prix rentrer dans le château et s’asseoir auprès du roi, en essayant de s’intégrer en prépa et en rattrapant l’écart culturel, il apprend finalement à se forger sans dépendre des institutions blanches traditionnelles.


✍️ Par Naomi Thomas
Photos © Jean-Adrien Morandeau